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Section Daniel MAYER Canton de Mundolsheim
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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 07:51

Les votes à droite en périurbain : « frustrations sociales » des ménages modestes ou recompositions des classes populaires ?

Davantage portés à droite ou à l’extrême-droite, les votes périurbains suscitent un intérêt croissant. Leur interprétation laisse pourtant souvent insatisfait : plutôt que le déclassement ou la relégation, Violaine Girard montre que ces votes traduisent les profondes transformations qui affectent depuis plusieurs décennies les fractions stables des milieux populaires.

Dossier : Les territoires du vote

  Alors qu’ils sont longtemps demeurés absents des représentations communes, les territoires périurbains font l’objet d’une attention croissante, notamment à l’occasion des échéances électorales nationales. À l’issue des présidentielles de 2007, les votes des pavillonnaires, dont bon nombre seraient acquis à Nicolas Sarkozy, ont ainsi été opposés à ceux enregistrés dans les banlieues, plus souvent favorables à la gauche (Cartier et al. 2008). À l’occasion des élections de 2012, la presse consacre à nouveau de nombreux articles à ces territoires, étroitement associés aux ménages « modestes » qui s’y installent en achetant un pavillon individuel [1]. Dans ces zones résidentielles, les ouvriers et employés seraient largement favorables à la droite et bien souvent convertis au vote Front national [2]. Et, pour expliquer un tel constat, c’est la thèse de la relégation des ménages périurbains qui est convoquée. Selon le géographe Christophe Guilluy, ces ménages seraient les « oubliés » de la « France périphérique », auraient « le sentiment de subir la mondialisation » et vivraient, en marge de la métropolisation, « une profonde crise identitaire et culturelle » [3]. Or, ce type d’explication, aussi évocateur soit-il, apparaît bien trop simplificateur. En rapportant ces votes aux « frustrations sociales » de catégories modestes qui seraient reléguées loin des métropoles, il tend à homogénéiser des situations en réalité très diversifiées. Surtout, en insistant sur la thèse du déclassement, il empêche de voir les profondes transformations sociales qui affectent les classes populaires depuis une trentaine d’années, en matière de rapport à l’emploi et au travail, mais aussi de trajectoires sociales et résidentielles. À partir d’une enquête dans un espace périurbain populaire d’une grande agglomération, il est possible de revenir sur ces interprétations.
 

Une vision simplificatrice des espaces périurbains et des classes populaires

Si cette interprétation des votes à droite des périurbains semble désormais largement répandue, elle comporte de nombreux écueils sur lesquels il convient de revenir. Tout d’abord, l’approche par « gradient d’urbanité », basée sur l’addition des votes en fonction de l’éloignement des lieux de résidence au centre des agglomérations, fait l’objet de nombreuses critiques méthodologiques : retenir comme seul critère de variation des votes la « distance à la ville » revient en effet à agréger des données disparates, sans tenir compte de la diversité des territoires considérés (Bussi et al. 2011). Ce critère apparaît fort réducteur, au regard de la complexité des configurations électorales périurbaines, mise en évidence par les travaux statistiques de Jean Rivière (2011). Uniquement construit à partir des pourcentages de suffrages exprimés, il laisse enfin de côté la question des effectifs réels des votants, qui permettrait sans doute de nuancer l’importance des votes FN dans les communes rurales du périurbain, comme le relève Guy Burgel [4]. Une telle approche semble ainsi largement spéculative, surtout lorsque l’on sait que l’étude empirique sérieuse des votes FN recèle de nombreuses difficultés, liées notamment à la forte volatilité de ces votes, qui empêche de parler d’un « électorat » régulier et acquis à ce parti (Lehingue 2003).

C’est ensuite la thèse de la « relégation » ou des « frustrations sociales » des périurbains, mobilisée comme unique sésame explicatif de la montée des votes FN, qui apparaît fort contestable. Elle repose en effet sur des catégories sociologiques grossières, alors que l’on sait que les ouvriers et les employés contemporains appartiennent à des mondes sociaux largement différenciés (Vigna 2012, p. 303 ; Chenu 1990), ce qui amène les sociologues à préférer parler de classes populaires au pluriel (Schwartz 1998). Car s’il serait absurde de nier qu’une part des ouvriers et des catégories populaires votent aujourd’hui à droite ou à l’extrême droite, on oublie trop souvent que les pratiques électorales des ouvriers se caractérisent avant tout par une forte dispersion, tant des modalités de participation – non-inscription, abstention intermittente ou régulière – que des orientations des votes – entre gauche, droite ou extrême-droite (Collovald 2004, p. 142). La situation au regard de l’emploi (statuts stables ou précaires), les qualifications professionnelles ainsi que le secteur d’emploi (industrie, artisanat, secteur des services) ou encore le clivage entre secteur public et privé constituent d’importants facteurs explicatifs des écarts de participation et des divergences d’orientations politiques relevés parmi les groupes ouvriers contemporains. C’est enfin le rôle des appartenances subjectives à la condition ouvrière qui apparaît déterminant pour saisir les positionnements politiques et les tendances à la droitisation parmi ces groupes (Lehingue 2011, p. 247-254).

Et si les espaces périurbains sont marqués par une surreprésentation des classes populaires, relevée en moyenne à partir des catégories agrégées des ouvriers et des employés [5], il reste que l’on connaît peu les caractéristiques sociales de ces ménages des classes populaires, non plus que leurs conditions d’emploi et de vie. Les conclusions faisant des ménages « modestes » les principaux vecteurs de la montée des votes FN dans le périurbain ont donc toutes les chances de reposer sur des généralisations hasardeuses et abusives.

Peu soucieuse de contextualisation sociologique fine, l’idée d’une précarisation croissante des ménages populaires du périurbain laisse largement de côté la question de la recomposition des lieux et des formes d’emploi en périphérie des grandes agglomérations. Le constat de la déstabilisation massive des statuts d’emploi ne doit en effet pas masquer le mouvement de redéploiement des pôles d’emploi en cours depuis les années 1980 dans les espaces périurbains : les communes périurbaines enregistrent en effet une forte progression de l’emploi industriel : celui-ci y croît de 5 % entre 1990 et 1999, alors qu’il connaît une chute de 16 % dans les pôles urbains (Gaigné et al. 2005, p. 7). Tous secteurs d’activité confondus, ce sont près de « quatre emplois supplémentaires sur 10 [qui sont localisés] dans le périurbain entre 1999 et 2007 » [6] (Beaucire et Chalonge 2011, p. 61).

Territoire industriel et recomposition des classes populaires

L’enquête ethnographique entamée en 2002 que nous menons dans la Riboire, un territoire industriel dominé par les classes populaires, permet de mettre au jour les évolutions complexes qui s’opèrent au sein de ces espaces périurbains. Dans le principal canton étudié, la moitié des hommes actifs ayant un emploi sont ouvriers, quand, chez les actives, la part des employées s’élève à près de 50 % et celle des ouvrières à 20 % en 1999. Ces chiffres doivent toutefois être précisés. Du côté des hommes, la forte proportion des ouvriers s’accompagne d’importantes évolutions : le maintien d’une part élevée d’ouvriers masque en effet la baisse des effectifs des ouvriers non qualifiés (passés de 23 à 18 % de l’ensemble des actifs occupés entre 1982 et 1999), au profit des salariés qualifiés, ouvriers (30 % en 1982 et 1999) ainsi que techniciens et agents de maîtrise (de 9 % en 1982 à 18 % en 1999), des évolutions qui renvoient à la hausse généralisée des postes qualifiés dans l’industrie en France [7].

Espace privilégié d’accès à la propriété pour les ménages des fractions supérieures des classes populaires au cours des années 1980 et 1990, ce territoire est également le siège d’un important développement économique. Il accueille depuis 1983 une zone industrielle qui représente un exemple emblématique des nouveaux pôles d’emploi implantés de façon récente dans le périurbain : celle-ci rassemble aujourd’hui plus d’une centaine d’établissements, allant des unités de production de grands groupes aux PME sous-traitantes dans des domaines d’activités divers (production automatisée, chimie, logistique, services, maintenance). On y compte en 2011 plus de 3 700 emplois en CDI ainsi que de 1 000 à 2 000 emplois temporaires. Cette croissance se traduit par de très faibles taux de chômage.

Depuis le début des années 2000, on enregistre dans ce canton des scores régulièrement supérieurs aux moyennes nationales en faveur des candidats de droite ou d’extrême droite, conjugués à des taux de participation voisins ou légèrement supérieurs aux taux nationaux. Dans l’une des communes de ce territoire, caractérisée par une forte surreprésentation des ouvriers, techniciens et employées, le score de Jean-Marie Le Pen atteint 30 % des suffrages exprimés au premier comme au second tour des élections présidentielles de 2002. En 2007, 73 % des suffrages exprimés au second tour l’ont été en faveur de N. Sarkozy. Et lors du premier tour de la présidentielle de 2012, Marine Le Pen et N. Sarkozy obtiennent des scores s’élevant respectivement à 32 et 33 %, avec un taux de participation de près de 88 % pour 604 inscrits dans la commune. Comment expliquer l’importance de ces votes à droite et à l’extrême droite ?

Recomposition des formes d’emploi et promotions résidentielles

Non pas victimes de la mondialisation, comme pourrait le diagnostiquer Christophe Guilluy (2010), les salariés de cette zone industrielle dynamique sont plus précisément confrontés aux réorganisations massives des formes d’emploi : la création de la zone de la Riboire répond en effet, au cours des années 1980, aux stratégies « de contournement des forteresses ouvrières » mises en œuvre par les grands groupes industriels (Noiriel 2002, p. 222). Cette nouvelle zone se caractérise ainsi par l’éclatement des formes d’organisation du travail, lié au recours à la sous-traitance et à la différenciation des statuts d’emploi. Certains ouvriers y sont durement soumis à la précarisation et à l’intensification des contraintes au travail, et leurs trajectoires professionnelles sont bien souvent marquées par des changements d’entreprises qui traduisent la difficulté d’effectuer sa carrière au sein d’un même établissement. Mais d’autres, notamment ceux appartenant à la génération née au cours des années 1950 et 1960 et disposant de qualifications professionnelles, parviennent à acquérir des positions relativement stables, voire à accéder à la maîtrise en fin de carrière. Il reste que ces formes d’organisation du travail rendent difficile la constitution de collectifs de travail soudés autour de pratiques revendicatives et de solidarité, comme cela avait pu être le cas dans les anciens bastions de la grande industrie. Elles se traduisent également par un affaiblissement des formes d’identification sociale aux lieux de travail. Si l’on souhaite analyser les transformations qui affectent les groupes ouvriers contemporains dans le périurbain, c’est donc tout d’abord du côté des formes d’emploi qu’il est important de regarder.

C’est ensuite en se penchant sur les trajectoires résidentielles que l’on peut saisir certains déterminants sociaux influant sur les votes de ces périurbains. Les ménages rencontrés dans la Riboire appartiennent à des groupes que l’on peut qualifier de « subalternes mais non démunis » économiquement (Schwartz 1998, p. 41). La majorité d’entre eux ont ainsi souhaité « faire construire », même si l’achat d’une maison individuelle nécessitait des efforts financiers importants et, très souvent, une part d’auto-construction. Leur installation dans le périurbain est alors bien loin d’être vécue comme une relégation : elle s’accompagne par exemple de la scolarisation des enfants dans le public, alors que certains ménages avaient parfois tenté de contourner, par l’inscription dans le privé, les lycées et collèges des banlieues où ils résidaient auparavant. De nombreux ménages d’ouvriers et d’employées investissent également la scène résidentielle et y entretiennent une sociabilité avec le voisinage, source de valorisation sociale dans l’espace local. Le fait d’être propriétaire constitue alors un élément clé de la définition des positionnements sociaux de ces ménages qui se veulent « respectables », et qui ont choisi de s’installer à distance des quartiers de banlieue et de leurs résidents stigmatisés. Plus largement, ceux-ci manifestent des aspirations à la promotion sociale qui s’inscrivent au sein de l’espace des styles de vie « conformes » des classes populaires et qui correspondent au pôle de l’embourgeoisement, décrit par Gérard Mauger comme lié à l’accès à la propriété et à l’attrait exercé par la possibilité de « se mettre à son compte » (2006, p. 32). Plusieurs enquêtés, un chauffeur routier et un ancien ouvrier devenu chef de chantier, se sont ainsi lancés dans l’accès au statut d’indépendant, en ouvrant un restaurant routier et un commerce de services automobiles. À l’inverse, ces ménages paraissent éloignés, dans leurs modes de vie, du modèle incarné par les « classes moyennes à capital culturel » (Schwartz 1998, p. 160).

Des votes à motivations multiples

On peut ainsi mettre en lumière certains déterminants sociaux des votes des périurbains des classes populaires : dévalorisation des identifications ouvrières, effritement des collectifs syndicaux et imposition de nouveaux modes d’organisation du travail, en même temps qu’ouverture des possibles sociaux pour certaines fractions supérieures des classes populaires en lien avec la recomposition des territoires industriels, ainsi que, sur le plan de l’offre politique, légitimation des discours de disqualification des groupes sociaux précarisés, à droite comme à gauche. Ces périurbains, situés du côté de l’emploi privé, propriétaires de leur logement apparaissent en effet engagés dans des efforts de distinction qui reflètent le développement d’une « conscience sociale triangulaire » (Collovald et Schwartz 2006), c’est-à-dire une conscience qui associe le sentiment de ne pas appartenir aux classes dominantes et une volonté de se distinguer des groupes précarisés. Les aspirations de ces ménages, qui apparaissent portés à valoriser des formes de stabilisation économique plutôt que l’accès à des ressources culturelles ou scolaires distinctives, reflètent également une recomposition plus générale des modèles de réussite sociale, avec l’affaiblissement, auprès de certaines fractions du salariat industriel, de l’attrait exercé par les classes moyennes du public souvent politisées à gauche.

À l’image des groupes ouvriers contemporains, marqués par une différenciation interne croissante, c’est ainsi une forte hétérogénéité qui caractérise les profils sociaux des électeurs de ce territoire, tout comme leurs motivations. Plusieurs habitants rencontrés sont ainsi portés à rejeter « le social à outrance » comme l’exprime l’un d’eux, ou bien à souhaiter la revalorisation des métiers manuels pour les jeunes, autant de positionnements qui sont légitimés par les discours actuels de la droite. L’un d’eux, chaudronnier dans une entreprise de véhicules industriels, met en avant le fait d’avoir un métier, certes « salissant », mais « où il y a du boulot », c’est-à-dire où l’on ne chôme pas. Et si certains pensent toutefois que la situation des « jeunes » sur le marché du travail est aujourd’hui difficile ou jugent les salaires de la zone industrielle peu élevés, leurs orientations politiques à droite sont également façonnées par des efforts de distinction vis-à-vis des fractions précarisées ou stigmatisées des classes populaires. Dans un contexte de défiance à l’égard des principaux responsables politiques nationaux, le vote FN attire ainsi une part des électeurs de droite qui se radicalisent.

Signalons enfin que les ouvriers, techniciens ou employées ne sont sans nul doute pas les seuls à voter pour le FN au sein de ce territoire et que, à l’inverse, tous sont loin de voter à droite ou à l’extrême droite. C’est le cas de ce retraité, qui a travaillé dans une grosse usine de construction automobile, où il était syndiqué à la CGT, avant de devenir chef de chantier dans la tuyauterie industrielle, qui explique qu’il votera toujours à gauche, en référence à son passé militant.

S’il devient aujourd’hui courant d’associer, au travers de catégories globalisantes, ménages modestes, espaces périurbains éloignés et montée des votes de droite et d’extrême droite, le cas de la Riboire permet de battre en brèche l’idée d’un mouvement univoque de droitisation des classes populaires généré par des frustrations sociales, en montrant que celle-ci est loin de toujours s’enraciner dans des trajectoires de déclassement (Cartier et al. 2008). Ce que l’on saisit à partir du cas de cette zone industrielle périurbaine, semblable à beaucoup d’autres, ce sont les effets sur le long terme des politiques de réorganisation de l’emploi : éclatement des statuts au sein de nombreux établissements, déstructuration des collectifs de travail et affaiblissement des formes d’identification aux lieux de travail, au profit d’un investissement sur la scène résidentielle, où nombre de ménages construisent les signes de leur respectabilité sociale au travers de leurs parcours d’accession à la propriété, à distance des quartiers populaires de banlieue. Disposant d’assises économiques autorisant leur installation en maison individuelle, ces ménages apparaissent fort éloignés des ouvriers captifs des cités (Masclet 2003, p. 92) ou encore des ouvriers de la grande industrie frappés par la montée du chômage et tentés par le vote FN (Beaud et Pialoux 1999, p. 375). On compte pourtant de nombreux électeurs de droite ou d’extrême droite parmi ces fractions supérieures des classes populaires : situés du côté de l’emploi privé, ces ménages se dissocient en effet par leurs aspirations du modèle d’ascension sociale incarné par les classes moyennes cultivées, autant d’éléments qui concourent à les éloigner de l’offre politique de gauche, soit perçue comme peu distincte de celle de la droite classique, soit décriée car trop associée aux politiques sociales.


Bibliographie

  • Beaucire, F. et Chalonge, L. 2011. « L’emploi dans les couronnes périurbaines, de la dépendance à l’interdépendance », in Pumain et Mattéi (dir), Données urbaines 6, Paris : Anthropos, p. 61-64.
  • Beaud, S. et Pialoux, M. 1999. Retour sur la condition ouvrière. Enquête sur les usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard, Paris : Fayard.
  • Bosc, S. 2008. Sociologie des classes moyennes, Paris : la Découverte.
  • Bussi, M. Colange, C. et Rivière, J. 2011. « Distance(s) à la ville et comportements électoraux. Quelques éclairages quantitatifs lors des derniers scrutins présidentiels », in Pumain et Mattéi (dir), Données urbaines 6, Paris : Anthropos, p. 33-42.
  • Cartier, M. Coutant, I. Masclet O. et Siblot, Y. 2008. La France des « petits-moyens ». Enquête sur la banlieue pavillonnaire, Paris : La Découverte.
  • Chenu, A. 1990. L’archipel des employés, Paris : Insee études.
  • Collovald, A. 2004. Le « populisme du FN ». Un dangereux contresens, Bellecombe-en-Bauges : Éditions du Croquant.
  • Collovald, A. et Schwartz, O. 2006. « Haut, bas, fragile : sociologie du populaire », Vacarme, n° 37, p. 50-55.
  • Gaigné, C. Piguet, V. et Schmitt, B. 2005. « Évolution récente de l’emploi industriel dans les territoires ruraux et urbains : une analyse structurelle géographique sur données françaises », Revue d’économie régionale et urbaine, n° 1, p. 3-30.
  • Guilluy, C. 2010. Fractures françaises, Paris : Bourin Éditeur.
  • Lehingue, P. 2011. Le vote. Approches sociologiques de l’institution et des comportements électoraux, Paris : la Découverte.
  • Lehingue, P. 2003. « L’objectivation statistique des électorats : que savons-nous des électeurs du FN ? », in Lagroye (dir.), La politisation, Paris : Belin, p. 247-278.
  • Masclet, O. 2003. La gauche et les cités. Enquête sur un rendez-vous manqué, Paris : La Dispute.
  • Mauger, G. 2006. « Les transformations des classes populaires en France depuis trente ans », in Lojkine, Cours-Salie et Vakaloulis (dir.), Nouvelles luttes de classes, Paris : PUF, p. 29-42.
  • Noiriel, G. 2002. Les ouvriers dans la société française XIXe-XXe siècle, Paris : Seuil.
  • Rivière, J. 2011. « La division sociale des espaces périurbains français et ses effets électoraux », in Pumain et Mattéi (dir), Données urbaines 6, Paris : Anthropos, p. 11-20.
  • Schwartz, O. 1998. La notion de « classes populaires », Habilitation à diriger des recherches en sociologie, université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.
  • Vigna, X. 2012. Histoire des ouvriers en France au XXe siècle, Paris : Perrin.

Notes

[1] Parmi de nombreux exemples : « Ouvriers, employés, ces oubliés qui vivent la rage au cœur », par Rachida El Azzouzi et Mathieu Magnaudeix (Mediapart, 28 février 2012) et « Aux portes des pavillons où séduit “Marine” », Thomas Wieder (Le Monde, 29 février 2012). Signalons au passage que ces reportages portent uniquement sur des communes situées en Seine-et-Marne, choisies sans doute par commodité par les journalistes parisiens.

[2] Entérinant ces conclusions, des enquêtes de l’Ifop montrant que Marine Le Pen enregistre ses meilleurs scores des espaces situés entre 30 et 50 km des agglomérations de plus de 200 000 habitants sont ainsi largement reprises. Le 29 février 2012, Le Monde consacre sa une et un article à un sondage sur les intentions de vote (« Dans la France péri-urbaine, le “survote” pour le Front national exprime une colère sourde », Thomas Wieder) et, le 25 avril 2012, Le Figaro publie des résultats similaires à partir cette fois des résultats du premier tour (« En grande périphérie, le FN emporte la mise », Albert Zennou).

[3] « Il faut parler des classes populaires », Entretien avec Christophe Guilluy, par Joseph Confavreux, Mathieu Magnaudeix et Hugo Vitrani, Mediapart, 21 janvier 2012.

[4] « Le périurbain n’est ni de droite, ni de gauche », Guy Burgel, Le Monde, 9 mars 2012.

[5] Comme le montre l’enquête emploi 2010 de l’Insee, la moitié des ouvriers résident dans des communes rurales ou périurbaines de moins de 2 000 habitants ou dans des agglomérations de moins de 20 000 habitants.

[6] Données concernant 37 aires urbaines de plus de 80 000 emplois en 1999, hors Paris, ces aires rassemblant 53 % de l’ensemble des emplois en France.

[7] Parallèlement à la chute des effectifs d’ouvriers non qualifiés, passés de 2,5 à 1,1 million entre le début des années 1980 et la fin des années 1990 (Vigna 2012, p. 299), la part des emplois « non-manuels » de techniciens et d’agents de maîtrise connaît une hausse significative, puisque ceux-ci représentent 5,9 % des actifs en 2005 contre 4,7 % en 1982 (Bosc 20

 

VIiolaine Girard Sur metro politiques.eu

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 06:03

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Entre deux consultations d’acteurs du logement, Cécile Duflot a détaillé ses projets pour ce secteur lors de l’Assemblée générale des entreprises sociales pour l’habitat, le 31 mai 2012. Une confirmation des propositions de François Hollande durant sa campagne, et quelques annonces.


En ce qui concerne le monde HLM, en plus du doublement du plafond du livret A pour le financement (lire l’encadré ci-dessous), Cécile Duflot a annoncé la suppression du prélèvement imposé sur la trésorerie des bailleurs, largement décrié, et qui touchait principalement les OPH. Le financement du logement social devra être également repensé, dans une logique pluri-annuelle. Enfin, elle s’est engagée à revoir la procédure d’attribution des logements : « Donner à nos concitoyens la certitude que l’examen objectif de leur situation ne pourra être entravé par je ne sais quelles considérations subjectives, c’est à cela que je veux parvenir rapidement. Je présenterais donc, rapidement, dans les semaines à venir, des propositions sur la manière dont je voudrais que l’on puisse discuter et travailler ensemble et nous permettre ainsi d’élaborer dans la plus large concertation possible, une reforme durable de la politique d’attribution des logements sociaux».

De 20% à 25% de logements sociaux - Comme annoncé par François Hollande, Cécile Duflot a confirmé que le pourcentage de logements sociaux de la loi SRU sera prochainement augmenté de 20 à 25%, et la loi plus strictement appliquée.

Enfin la ministre a évoqué le dossier foncier : « Nous présenterons des modalités de mise à disposition du foncier public auprès des collectivités locales, pour produire du logement à un coût abordable. En agissant sur la charge foncière, nous optimiserons l’équilibre financier des opérations, et en particulier des programmes de logements sociaux », a-t-elle déclaré.

La fiscalité du foncier devrait par ailleurs être revue pour décourager la rétention foncière. Une réforme de la fiscalité des plus–values votée cet hiver a été dénoncée par tous les acteurs du logement comme étant contre–productive en terme de mise à disposition de logements.

 

Le doublement du plafond du Livret A est confirmé

La ministre du Logement Cécile Duflot a confirmé que le plafond des dépôts sur le Livret A, actuellement de 15.300 euros, sera doublé pour permettre la construction de plus de logement sociaux mais n’a pas donné de date pour sa mise en œuvre. Seulement 9% des détenteurs de Livret A, mais possédant 50% des encours, atteignent actuellement le plafond du Livret A. L’encours atteignait 226,6 milliards d’euros à fin avril.

« L’objectif est de réaliser chaque année 150.000 logements sociaux », a affirmé Mme Duflot. En 2011, 110.00 logements sociaux ont été financés.

La ministre du Logement a par ailleurs indiqué que serait engagée « la rénovation thermique d’un million de logements par an ». L’entourage de Mme Duflot a précisé que les aides pour améliorer l’efficacité thermique concerneraient 600.000 logements anciens et 400.000 neufs.

Par ailleurs, le sénateur PS de Savoie Thierry Repentin, qui est également président de l’Union sociale pour l’habitat (USH, mouvement HLM), a annoncé le dépôt d’un projet de loi permettant de mettre gratuitement des terrains appartenant à l’Etat ou à des organismes publics à la disposition des collectivités locales pour y construire des logements.

 

Sur La gazette.fr

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 07:24

   Site GART2

 

La première rencontre de 12 autorités organisatrices des transports ferroviaires d’Europe s’est tenue le 25 mai 2012 à Strasbourg. Elle a débouché sur la volonté de créer un « Gart européen » afin de peser sur les décisions européennes en matière de transport sur rail.

C’est dans la perspective du 4e « paquet de directives » qui doit fixer fin 2012 les règles d’entrée en concurrence des lignes régionales que les représentants de douze pays européens (dont la France, l’Allemagne, l’Italie, la Tchéquie, etc.) ont annoncé leur volonté de se rapprocher.

« Nous voulons faire entendre notre voix auprès de la Commission européenne », a notamment indiqué Roland Ries, maire de Strasbourg et président du Groupement français des autorités responsables de transports (Gart).

En effet, les 3 précédents « paquets de directives » n’ont pas entièrement résolu les différences de fonctionnement entre les systèmes ferroviaires des pays de l’UE.

L’ouverture à la concurrence du transport des passagers, possible en théorie depuis 2007, est ainsi appliquée de façon très différente d’un pays à l’autre. Et la perspective de l’ouverture à la concurrence des TER, qui sera possible en 2014 pour des régions intéressées par cette expérimentation, reste encore extrêmement floue.

Bernard Wewers, président de la BAG-SPNV (homologue allemand du Gart), a expliqué que plus de 20 % du trafic passager en Allemagne était assuré par d’autres structures que l’opérateur historique, sans que l’on ait assisté à un dumping social.

Rééquilibrer la concurrence entre rail, route et air - D’ici la création de ce « Gart européen », le colloque strasbourgeois a aussi manifesté la volonté de rééquilibrer la concurrence entre rail, route et air, qui ne bénéficient pas des mêmes avantages.
« Seuls les transports ferroviaires payent en totalité les infrastructures, l’entretien et le matériel roulant. La distorsion de concurrence avec la route, où les transporteurs ne payent qu’une partie des infrastructures et de l’entretien avec les péages, est énorme et pénalise les trains », a déploré l’eurodéputé Vert britannique Michael Cramer.

 

D.Bonnet sur La gazette.fr

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 15:05

france_circonscriptions.jpg

 

L'élection des députés les 10 et 17 juin permettra de tester un nouveau découpage des circonscriptions, destiné à tenir compte des évolutions démographiques tout en donnant une représentation aux Français de l'étranger, et qui avait été vivement critiqué à gauche.

Comme le nombre global des députés est maintenu à 577, et que la population française, depuis le précédent découpage très critiqué opéré en 1986 par Charles Pasqua, alors ministre de l'Intérieur, est passée de 55 à 64 millions d'habitants,il n'y a plus qu'un député pour 125.000 habitants, contre un pour 108.000 auparavant.

67 départements touchés

Quelque 330 circonscriptions ont été redécoupées, 33 supprimées.
Elles ont été compensées par la création de 22 nouvelles circonscriptions dans seize départements et dans trois collectivités d'outre-mer (Polynésie, Saint-Martin/Saint-Barthélemy, Mayotte), et de 11 circonscriptions pour représenter les Français de l'étranger qui, jusqu'à présent, n'avaient pas de députés.

Deux départements de moins de 125.000 habitants, représentés jusqu'à présent par deux député,s n'auront plus qu'un élu:
- la Lozère (70.000 habitants)
- et la Creuse (122.000 habitants).


Redécoupage "Marleix" de janvier 2010


Le redécoupage adopté en janvier 2010, et opéré par l'ancien secrétaire d'Etat à l'Intérieur Alain Marleix, a été vivement critiqué par l'opposition qui l'a qualifié de "charcutage". Le spécialiste des questions électorales du PS, Christophe Borgel, considère qu'il faudra au moins 51% des voix à la gauche pour gagner la majorité.

Selon Alain Marleix, sur les 33 circonscriptions supprimées, 18 sont détenues par un député de gauche et 15 par un député de droite. Mais, affirme-t-il, l'opposition devrait tirer profit de la création de nouveaux sièges.

En revanche, pour le PS, sur les 33 circonscriptions supprimées, il y en aurait 23 actuellement de gauche et 10 de droite, et sur les 33 créées, il y en aurait 9 de gauche et 24 de droite. L'écart entre gauche et droite serait donc augmenté de 30 sièges en faveur de l'UMP, estime le PS.

Le Parti socialiste s'est particulièrement indigné du projet à Paris, où trois des 21 sièges sont supprimés.
Les socialistes critiquent aussi le découpage des 11 nouvelles circonscriptions pour les Français de l'étranger, avec "des écarts de population considérables" entre elles.


> Pour aller plus loin

Consulter notre dossier Un redécoupage électoral sous pression

 

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Published by Parti socialiste Mundolsheim - dans Elections législatives
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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 08:15
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Résumé :

La proximité dans le temps entre l’avènement au pouvoir de la gauche en 1981 et la percée électorale de l’extrême (...)


Lorsque la gauche arrive au pouvoir en 1981, elle le fait sur la base d’un programme qui, en promettant de rompre avec le capitalisme, conçoit l’évolution de la France en termes de rapports entre différentes classes sociales. Trente ans plus tard, il serait à peine exagéré d’affirmer que les élections présidentielles et législatives de 1981 ont été les dernières à avoir été dominées aussi clairement par cette problématique, qui a été largement effacée ou tout au moins camouflée ensuite par un processus d’ethnicisation braquant le projecteur sur des différences, présumées ou réelles, entre natifs et immigrés [1] . Le terme « ethnie » et ses dérivés, axés autour de la notion de différences d’origine, sont peu employés en France, où la domination d’un discours « républicain » prônant l’unicité de la nation a longtemps freiné l’emploi d’outils conceptuels reconnaissant ouvertement les différences ethniques [2] . En d’autres termes pourtant, ces différences sont depuis les années 1980 massivement présentes dans les discours politiques et scientifiques en France, où les mots « immigration », et « banlieues » ont servi de facto comme quasi synonymes pour la présence d’importantes différences ethniques découlant des flux migratoires et leur enracinement durable au sein de la société française. [3] Quels que soient les termes employés sur le terrain, la mise en avant de distinctions présumées ou réelles entre des populations perçues comme autochtones et d’autres perçues comme allogènes constitue un processus d’ethnicisation des rapports sociaux qui est à l’œuvre dans pratiquement toutes les élections depuis la percée du Front national en 1983.

La proximité dans le temps entre l’avènement au pouvoir de la gauche en 1981 et la percée électorale de l’extrême droite deux ans plus tard, est-elle une pure coïncidence ou serait-on fondé à y voir une relation causale ? Il serait bien entendu beaucoup trop simplificateur de lire la montée du parti lepéniste à travers une grille mono-causale. De nombreux facteurs ont préparé le terrain pour le Front national tout au long de la décennie qui a précédé son entrée fracassante sur le devant de la scène politique en 1983. À partir du premier choc pétrolier en 1973, la France entre dans une phase de restructurations économiques et de précarisation de l’emploi qui engendre une insécurité croissante parmi l’électorat ainsi qu’une brutale remise en cause de l’immigration par les gouvernements de centre droit qui jusque-là avaient fait appel aux travailleurs immigrés pour combler les pénuries de main-d’œuvre. La centralité de l’insécurité et de l’hostilité envers l’immigration dans l’essor électoral du Front national à partir de 1983 a été amplement documentée [4] . Mais pourquoi cet essor a-t-il lieu à ce moment précis ? Depuis sa création en 1972, un an à peine avant le premier choc pétrolier, le Front national base sa plateforme sur un discours anti-immigrés mais il n’en tire aucun profit électoral pendant la première décennie de son existence. Si la crise économique et la remise en cause des travailleurs immigrés pendant la présidence de Valéry Giscard d’Estaing contribuent à sensibiliser l’électorat à la question de l’immigration, c’est l’avènement au pouvoir de la gauche et surtout le rapide échec de la politique économique menée par celle-ci qui semble avoir servi comme catalyseur à l’émergence électorale de l’extrême droite. Cet effet catalyseur sur un temps relativement court n’a pu se produire que sur la base d’une crise économique dont la durée est beaucoup plus longue. Nous tenterons de démontrer que c’est précisément la persistance de la crise économique déclenchée dix ans auparavant conjuguée avec la révélation brutale de l’impasse dans laquelle la classe politique française semble avoir abouti qui permet au Front national de faire sa percée en 1983. Notre analyse se fera en deux étapes. Après avoir relevé les conséquences des chocs pétroliers des années 1970 pour la perception des populations d’origine immigrée, nous nous focaliserons ensuite sur l’importance du tournant de la rigueur en 1983 qui, en révélant l’apparente impuissance de l’ensemble des formations politiques classiques face à la crise, permet à l’extrême droite de se présenter comme le seul parti capable de redresser la nation.

Insécurité et ethnicisation

Remontons au début du septennat de Valéry Giscard d’Estaing. À la veille de Noël 1974, moins d’un an après son élection, dans un coup médiatique conçu pour démontrer son contact avec les couches populaires et déjouer sa réputation de snob, Valéry Giscard d’Estaing fait inviter à l’Élysée les éboueurs du palais présidentiel. La plupart d’entre eux s’avère être d’origine africaine. Soulignons toutefois que ceux dont on se souvient aujourd’hui comme les « Maliens » de l’Élysée sont ciblés par le chef de l’État pour prendre le petit déjeuner avec lui non pas en raison de leurs origines ethniques mais en vertu de leur statut – et de leur serviabilité – en bas de l’échelle sociale. Dans son analyse des consignes présidentielles qui ont gouverné la mise en scène de cette rencontre, Sylvain Laurens souligne que « le fait que les éboueurs restent en tenue d’éboueur est essentiel au dispositif scénique. Les vêtements laissant transparaître la fonction et le statut des invités, une certaine forme d’asymétrie sociale doit être conservée [5]  ». L’animateur du journal télévisé de 13 heures reste fidèle à cette idée lorsqu’il présente l’information dans les termes suivants : « Trois éboueurs de Paris ont pris ce matin le petit-déjeuner avec le président de la République. » Ce n’est qu’au cours d’une interview avec trois des invités que l’on apprend que deux d’entre eux sont maliens et que l’autre est sénégalais [6] . Cette relégation des identités ethniques à une zone secondaire ne durera pas. Sous l’impact des chocs pétroliers des années 1970, la montée du chômage amènera les pouvoirs publics à chercher à débarrasser la France d’immigrés perçus dorénavant non pas comme une main-d’œuvre d’appoint prête à faire les travaux ingrats délaissés par les Français mais comme une présence qui est littéralement étrangère à l’intérêt national. Lorsque, au cours des années 1980, cette présence est stigmatisée comme porteuse d’une culture islamique censée être menaçante pour l’identité nationale, nous passons d’une vision conçue en termes de différences de classes sociales à une vision structurée autour d’une hiérarchie ethnique perçue comme le vivier de ce que Samuel Huntington appellera « le choc des civilisations [7]  ».

C’est ainsi que pendant le septennat de Giscard d’Estaing ceux qui étaient accueillis jusque-là comme une force de main-d’œuvre provisoire et désignés tantôt comme des « travailleurs immigrés », tantôt comme des OS (ouvriers spécialisés) ou des éboueurs sans étiquette ethnique, perdent leur légitimité par rapport au marché de l’emploi pour devenir des « immigrés » tout court et par le même titre suspects [8] , avant d’être identifiés à partir des années 1980 surtout comme des « musulmans », qui par des amalgames abusifs après la révolution iranienne de 1979 seront largement confondus avec des mouvances politiques basées dans pays étrangers hostiles à l’Occident [9] .

Remontons plus loin dans le temps. Depuis l’époque coloniale, une hiérarchie ethnique favorisant les Européens sur les Arabes et les Noirs structure l’esprit administratif tout autant que les mentalités populaires. Jusqu’au milieu du XXe siècle, les Européens sont très largement majoritaires parmi les populations immigrées. Lors de la Libération, de vifs débats ont lieu au sein du gouvernement provisoire qui, conscient des horreurs de la politique ouvertement raciste menée par le régime de Vichy, refuse d’instaurer des quotas ethniques dans l’admission des immigrés tout en cherchant à privilégier de facto le recrutement des Européens [10] . Cette politique échouera face au tarissement des arrivées d’Européens, conjugué à la liberté de mouvement des Algériens et surtout aux pénuries de main-d’œuvre qui ne cessent de s’accentuer pendant les Trente Glorieuses, amenant les employeurs à embaucher les premiers venus, qui arriveront surtout du Maghreb. Malgré l’essor d’une importante immigration portugaise pendant les années 1960, la composition ethnique de la population immigrée bascule ainsi très fortement vers des populations issues d’anciennes colonies françaises, dont les plus importantes sont de culture musulmane bien que cela soit peu commenté à l’époque. Les pénuries de main-d’œuvre dans un marché de plein emploi mettent en veilleuse un système de différenciation ethnique qui refera surface plus tard. Pendant les années 1960, pour contourner les lenteurs administratives qui empêchent aux employeurs d’embaucher légalement les travailleurs immigrés avec la rapidité qu’ils souhaitent, les pouvoirs publics acquiescent ouvertement devant « l’immigration clandestine », dont le ministre des Affaires sociales, Jean-Marcel Jeanneney, vante publiquement les mérites [11] . En sonnant le glas des Trente Glorieuses, les chocs pétroliers des années 1970 changent radicalement la donne. Deux mois après l’élection de Giscard d’Estaing à la présidence de la République, face aux craintes d’une hausse du chômage, le gouvernement publie en juillet 1974 deux circulaires « suspendant » l’immigration de travailleurs immigrés et l’entrée de familles d’immigrés déjà présents en France [12] . En raison des engagements de la France en tant que membre de la Communauté européenne, ces mesures ne s’appliquent qu’aux ressortissants de pays extra-communautaires, essentiellement maghrébins et africains.

Contrairement aux souhaits du gouvernement, les regroupements familiaux reprendront sur l’avis du Conseil d’État, compte tenu des obligations de la France en tant que signataire de la Convention européenne des droits de l’homme. À partir de 1975, un réaménagement du « 1 % patronal » facilite l’accès des familles immigrées aux logements sociaux, dont elles avaient été largement exclues jusque-là, et tendra à les concentrer dans des cités défavorisées dans la périphérie des grandes villes. À partir de 1977, le gouvernement multiplie les efforts non seulement pour bloquer toute nouvelle immigration de main-d’œuvre non européenne mais aussi pour inciter ou forcer le rapatriement d’immigrés installés déjà en France, parmi lesquels les Algériens sont les premiers ciblés [13] . C’est l’époque de « l’aide au retour », conçue pour encourager les immigrés à repartir dans leur pays, des projets de loi Bonnet-Stoléru, visant à faciliter le rapatriement forcé de travailleurs immigrés sans emploi, des expulsions administratives de jeunes délinquants étrangers, surtout algériens, et des premières confrontations entre policiers et jeunes d’origine immigrée dans les quartiers défavorisés des banlieues [14] . Tout cela préfigure de manière évidente de nombreuses mesures prises au cours du dernier quart de siècle tendant à mettre en cause la légitimité de la présence des populations d’origine non européenne, dont les nouvelles générations, composées de natifs et citoyens de la France, se sont montrées de plus en plus dépitées – on pense, évidemment, aux émeutes de 2005 – face à une République qui semble incapable de freiner les discriminations dont elles sont les victimes [15] .

Au cours des années 1970, la droite n’est pas seule à recadrer ses actions face aux inquiétudes liées aux restructurations économiques et à la tendance à faire des travailleurs immigrés les boucs émissaires du chômage alors qu’ils sont en fait les premiers touchés par celui-ci. Pour démontrer sa solidarité avec les ouvriers français qui constituent le noyau de sa base électorale, le PCF tente de freiner l’accès des immigrés aux cités de HLM des municipalités de banlieue où le parti a ses fiefs. À la veille de Noël 1980, six ans jour pour jour après l’accueil fait par Giscard aux éboueurs de l’Élysée, le maire communiste de Vitry, Paul Mercieca, avec le soutien de Georges Marchais et du comité central du PCF fait bloquer à l’aide d’un bulldozer l’installation à Vitry de trois cents travailleurs maliens transférés de la commune voisine de Saint-Maur. Taxé de racisme, Paul Mercieca renvoie l’accusation contre le maire giscardiste de Saint-Maur, qu’il juge coupable d’un « coup de force raciste » en raison de son rôle dans le transfert des Maliens de Saint-Maur à Vitry [16] . Deux mois plus tard, le maire communiste de Montigny-lès-Cormeilles, Robert Hue, sera à son tour accusé de racisme à la suite de sa dénonciation d’un Marocain soupçonné de trafic de drogue [17] . À quelques mois des élections présidentielles de 1981, des calculs électoraux, dont les immigrés font les frais, sont clairement l’objet d’escarmouches locales. Ces élections se joueront dans la campagne nationale principalement autour de la question du chômage, devenue la première préoccupation des Français, qui pour le moment sont peu nombreux à déterminer leur choix électoraux en fonction de considérations ethniques. Cela est vrai autant pour les Français dits « de souche » que pour les populations minoritaires. Jean-Marie Le Pen, dont le parti se distingue par rapport à toutes les autres formations politiques par l’importance qu’il accorde à la question de l’immigration, n’arrivera même pas à réunir les cinq cents signatures requises pour se faire inscrire comme candidat présidentiel en 1981. L’idée d’un « vote musulman », évoqué par Hamza Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, quelques mois avant le scrutin, s’avérera largement illusoire, tout comme celle d’un « vote juif », malgré l’appel lancé en faveur de celui-ci par le groupe de pression Renouveau juif [18] .

L’importance croissante de l’immigration dans le débat politique est néanmoins visible dans un contraste frappant entre le programme de la gauche en 1972 et les 110 propositions socialistes en 1981. Quasi absents du programme commun signé par le PCF et le PS en 1972 [19] , les immigrés font l’objet, en 1981, d’une série d’engagements spécifiques de la part des socialistes [20] , qui se distinguent des autres formations politiques par une posture qui est beaucoup plus favorable à l’installation des populations immigrées. La promesse du droit de vote aux élections municipales restera lettre morte, sauf pour les Européens par le biais du traité de Maastricht en 1992. Mais sur d’autres points, le PS tiendra ses engagements et ira même plus loin en mettant en œuvre à partir de 1981 une importante série de lois et d’autres dispositifs destinés à mieux assurer l’insertion des populations d’origine immigrée : droit d’association accordé aux étrangers, régularisation de 132 000 sans papiers, abrogation de l’aide au retour, interruption des expulsions administratives, facilitation des regroupements familiaux, initiatives en faveur des quartiers défavorisés, création des ZEPs (Zones d’éducation prioritaire), et, à la suite de la marche de « Beurs », dont les leaders sont accueillis à l’Élysée en décembre 1983 comme les porte-parole d’un mouvement anti-raciste (contrastant fortement avec les éboueurs de 1974, accueillis au palais présidentiel en raison de leur statut social subalterne), instauration de la carte de séjour renouvelable de dix ans, votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en 1984 [21] .

Le tournant de la rigueur et l’émergence de l’extrême droite

Ce rare moment de consensus n’aura pas de suite et le discours mitterrandien en faveur d’un « droit à la différence » entendu implicitement comme une forme de multiculturalisme sera vite éclipsé [22] . Déjà, pendant l’hiver de 1982-1983, le comportement de certains travailleurs immigrés de confession musulmane est mis en cause par le gouvernement de gauche, dont le projet de relance économique s’essouffle. Loin de reculer, le chômage continue à grimper tandis que le gonflement des dépenses publiques, censé doper l’emploi, affaiblit le franc sur les marchés internationaux. En perturbant un secteur phare de l’économie, des grèves dans l’industrie automobile, où se trouvent concentrés nombre de travailleurs immigrés, exaspèrent le gouvernement. Ces mouvements de grève balayent devant eux le syndicat maison, la CSL (Confédération des syndicats libres), au profit de la CGT et attirent l’attention des médias sur la culture islamique de beaucoup de grévistes, notamment maghrébins. Parmi les recommandations d’un médiateur figurent non seulement de meilleures garanties du droit syndical et de meilleures conditions de travail mais aussi la création de lieux de culte dans l’enceinte de l’usine. En janvier 1983, le Premier ministre, Pierre Mauroy, déclare que les travailleurs immigrés chez Renault « sont agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec la réalité sociale française [23]  ». Jean Auroux, ministre délégué chargé du Travail, affirme peu après : « Il y a à l’évidence une donnée religieuse et intégriste dans les conflits que nous avons rencontrés, ce qui leur donne une tournure qui n’est pas exclusivement syndicale [24] . »

La médiatisation de ces mouvements sociaux, devenus mêlés à des débats ethnico-religieux, trouvera des échos dans la campagne pour les élections municipales de mars 1983, quand l’immigration devient un enjeu clé dans la lutte entre Gaston Deferre et Jean-Claude Gaudin pour la mairie de Marseille comme dans bien d’autres villes. À la veille du deuxième tour, qui a lieu le 13 mars, un commentateur d’origine algérienne écrira :

« Au fur et à mesure que la campagne électorale s’étend et que la mobilisation des électorats devient plus pressante, l’immigration – et l’insécurité ou la crise économique, ou le chômage, c’est là que réside l’inacceptable amalgame – est portée devant les feux de la rampe. Il ne se passe pas de jour sans que la télévision n’évoque la crise de l’automobile et ne montre, gros plans à l’appui, les visages des immigrés. La couverture de l’événement est, chose rare, excellente : ni les chaînes de montage, ni les meetings, ni les banderoles, ni les débrayages, ne sont négligés. C’est que l’on veut à tout prix faire accréditer la thèse selon laquelle la crise de l’automobile est la faute des immigrés. De mémoire de téléspectateur, je n’ai pas vu, en dix ans, autant d’images d’immigrés à la télévision que depuis un mois  [25]  ! »

Le Front national, qui a fait de l’immigration un thème privilégié depuis sa fondation en 1972, n’a pratiquement aucun impact électoral avant 1983. En mars de cette année, Jean-Marie Le Pen est élu comme conseiller municipal dans le XXe arrondissement de Paris après y avoir obtenu 11 % des suffrages. Mais c’est surtout en septembre 1983, lors d’une élection partielle à Dreux, que le parti lepéniste obtient une très forte médiatisation en recueillant 17 % des suffrages lors du premier tour d’une élection partielle. La maire socialiste sortante, Françoise Gaspard, sera battue au deuxième tour grâce à un pacte conclu entre le FN et le RPR, qui craint de ne pas pouvoir évincer la gauche sans le soutien du parti lepéniste, dont les partisans se multiplient. En réunissant ensuite entre 10 et 18 % des suffrages à pratiquement tous les scrutins à partir des élections européennes de 1984, le FN amènera les autres formations politiques, et surtout celles du centre droit, à se définir par rapport à lui et à faire parfois des emprunts à son programme anti-immigrés dans l’espoir de récupérer les votes que s’est arrachés l’extrême droite.

Entre les municipales de mars 1983 et l’élection partielle à Dreux, la gauche s’est trouvée contrainte de prendre le tournant de la rigueur, annoncé à la suite du Conseil des ministres du 23 mars 1983. L’abandon de la politique de relance menée depuis 1981 constitue un aveu public de l’incapacité du gouvernement de gauche, tout comme celle de ses prédécesseurs du centre droit, à freiner la montée du chômage et semble confirmer la précarisation d’une partie toujours croissante de la population. Le tournant de la rigueur peut ainsi être perçu, comme l’a remarqué Jean-François Sirinelli, comme « la seconde mort des Trente Glorieuses [26]  ». Si la première mort est vécue comme la conséquence d’événements extérieurs (les chocs pétroliers des années 1970), la deuxième semble provenir plutôt de l’intérieur du corps politique de la France, dont les principaux membres, quelle que soit leur orientation partisane, se sont avérés tout aussi impuissants les uns que les autres

Si l’incorporation de la critique de l’immigration dans le discours politique – d’abord durant les années 1970 par les gouvernements de centre droit ainsi que par leurs adversaires communistes et ensuite par des ministres socialistes à partir des grèves de l’automobile de 1982-1983 – a sensibilisé l’électorat au thème privilégié du Front national, c’est surtout après le tournant de la rigueur que le parti lepéniste réussit à s’ancrer dans une frange importante de l’électorat pour qui les autres formations politiques n’ont plus de crédibilité. En révélant l’apparente impuissance – et par la même occasion l’apparente interchangeabilité – de l’ensemble des formations politiques classiques face à la crise économique, ce tournant ouvre une brèche dans laquelle l’extrême droite, marginalisée jusque-là, s’engouffre. Le parti lepéniste cherchera précisément à tirer profit de cette marginalisation pour vanter son extranéité par rapport à l’échec d’un système politique dominé par ce qu’il dénonce comme la « bande des quatre », dont les deux composants du centre droit (le RPR et l’UDF) seraient aussi incapables que les deux principaux partis de gauche (le PS et le PCF) à redresser la santé de la nation. En 1981, seuls 33 % des personnes interrogées par la SOFRES avaient trouvé dépassées les notions de droite et de gauche ; en 1989 elles seront 56 % à être de cet avis [27] . Au début des années 1990, sur pratiquement toutes les questions, la majorité des sondés trouve qu’il y a peu de différences entre la gauche et la droite, la seule exception étant celle de l’immigration, sur laquelle 61 % des interrogés affirment qu’il y a de grandes différences [28] . En 1991, dans « l’idée que l’on se fait de la gauche », la protection sociale arrive en tête mais lorsqu’on passe à ce que les sondés perçoivent comme « la réalité de la gauche » au cours des dix dernières années, c’est-à-dire depuis la victoire de la gauche en 1981, c’est l’anti-racisme qui prime sur toute autre notion [29] . La performance de la gauche est ainsi perçue à travers une grille de lecture où les différences ethniques prennent le pas sur les clivages socio-économiques.

Chose cruciale, ni la victoire de la gauche en 1981, ni la cohabitation de 1986 n’ont inversé la montée du chômage déclenchée sous l’impact des chocs pétroliers des années 1970, engendrant sous un gouvernement de centre droit un climat d’insécurité économique que pratiquement aucun gouvernement ne semblera capable de maîtriser par la suite. De fil en aiguille, la question éminemment sociale de l’emploi et la crédibilité des politiques économiques menées par des gouvernements de différentes couleurs paraîtront de moins en moins lisibles en termes du clivage gauche-droite. Ce clivage, fondamental à l’alternance de 1981, paraîtra en effet de moins en moins pertinent à l’électorat après le virage pris par la gauche en mars 1983 avec l’abandon de la politique de relance. En faisant campagne autour du slogan « Deux millions de chômeurs, ce sont deux millions d’immigrés de trop » (un chiffre qui sera bientôt relevé à trois millions), le FN réussit sa percée en promettant d’apporter une solution ethnique aux principales préoccupations des Français. En incitant les soi-disant « Français de souche » victimes de l’insécurité économique à voir dans les populations d’origine immigrée une menace non seulement pour l’emploi mais aussi pour l’avenir de la nation, le parti lepéniste finira par drainer vers lui au cours des années 1990 et 2000 une plus large part du vote des couches sociales les moins aisées et les plus précaires – les ouvriers et les chômeurs – que n’obtient toute autre formation politique, y compris celles de la gauche [30] . La reformulation sur la base de divisions ethniques de clivages conçus autrefois en termes de rapports sociaux ne saurait être plus claire.

Conclusion

Dans un ouvrage récent, Jean-François Sirinelli nous invite à voir dans les années 1965-1985 les Vingt Décisives du passé proche de la France [31] . Pour ce qui est de l’immigration et des questions qui y sont liées, c’est la deuxième partie de cette période, et surtout les années 1973-1983, qui constituent les Dix Décisives : crise économique et montée du chômage sur fond des chocs pétroliers de 1973 et 1979, « suspension » de l’immigration en 1974, concentration des familles d’origine immigrée dans les cités de HLM à partir de 1975, rapatriements incités ou forcés à partir de 1977, confrontations violentes entre jeunes d’origine immigrée et policiers dans les banlieues dès la fin des années 1970, bref intervalle d’apaisement avec la victoire de la gauche en 1981, et crispation politico-ethnique lors des municipales 1983 qui, avec la percée du Front national à Dreux, confirmée à l’échelle nationale lors des élections européennes de 1984, donnent le ton pour les années à venir. En empruntant au Front national l’idée d’une réforme du Code de la nationalité française, les partis de centre droit placent au cœur de la campagne pour les législatives de 1986 la notion selon laquelle l’identité nationale de la France serait menacée par les populations immigrées originaires de pays musulmans. Depuis, presque sans interruption et jusqu’à nos jours, cette idée continuera à alimenter le débat politique, balisé notamment par la première affaire du foulard en 1989, la réforme du Code de la nationalité votée en 1993 (et abrogée ensuite par la gauche en 1997), la loi de 2004 interdisant les signes religieux dans les écoles publiques, le débat « officiel » sur l’identité nationale lancé sous la présidence de Nicolas Sarkozy en 2009 et la loi entrée en vigueur au mois d’avril 2011 interdisant le port du voile intégral en public. Entamée pendant la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, l’ethnicisation des rapports sociaux se nourrit du climat d’insécurité qui depuis la fin des Trente Glorieuses règne sur fond de restructurations économiques et de précarité de l’emploi, que la gauche a été impuissante à enrayer après son avènement au pouvoir en 1981. Après le tournant de la rigueur en 1983, une frange importante de l’électorat bascule dans le camp d’un parti d’extrême droite qui prétend que l’apparente impuissance de l’ensemble des formations politiques classiques face à la crise ne peut être surmontée qu’en recentrant le débat politique autour des différences ethniques. Trois décennies plus tard, l’ethnicisation de la vie politique ne cesse de se confirmer.

Pour citer cet article : Alec G. Hargreaves, « De la victoire de la gauche à la percée de l’extrême droite : l’ethnicisation du jeu électoral français », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 16, janvier-avril 2012, www.histoire-politique.fr


Notes :

[1] Cet article est issu d’une communication faite lors d’une journée d’études organisée le 10 mai 2011 par le Centre d’histoire de Sciences Po, sous la direction de Sabine Jansen, Sylvain Kahn et Jean-François Sirinelli, sur « Le 10 mai 1981 et la gauche française ».

[2] Françoise Lorcerie, « Les sciences sociales au service de l’identité nationale : le débat sur l’intégration en France au début des années 1990 », dans Denis-Constant Martin (dir.), Cartes d’identité : comment dit-on « nous » en politique ?, Paris, FNSP, 1994, p. 245-281.

[3] Alec G. Hargreaves, « Entre stigmatisation et circonlocutions : l’immigration postcoloniale en France », dans Nancy L. Green et Marie Poinsot (dir.), Histoire de l’immigration et question coloniale en France, Paris, La Documentation française, 2008, p. 17-22.

[4] Voir, par exemple, Nonna Mayer et Pascal Perrineau (dir.), Le Front national à découvert, Paris, Presses de la FNSP, 1989 ; Nonna Mayer, "Ethnocentrism and the Front National Vote in the 1988 French Presidential Elections", dans Alec G. Hargreaves et Jeremy Leaman (dir.), Racism, Ethnicity and Politics in Contemporary Europe, Aldershot, Edward Elgar, 1995, p. 96-111.

[5] Sylvain Laurens, « "Les Maliens à l’Elysée" : chronique d’une visite forcée », Agone, n° 40, 2008, p. 71.

[6] « Valéry Giscard d’Estaing et les éboueurs », JT de 13 heures, 24 décembre 1974, document de l’INA :http://www.ina.fr/video/CAF94060313/valery-giscard-d-estaing-et-les-eboueurs.fr.html [lien consulté le 8 décembre 2011].

[7] Samuel Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, New York, Simon and Shuster, 1996 ; Le choc des civilisations, traduit de l’anglais par Jean-Luc Fidel, Geneviève Joublain, Patrice Jorland et alii., Paris, Odile Jacob, 1997.

[8] Abdelmalek Sayad, « Qu’est-ce qu’un immigré ? », Peuples méditerranéens, n° 7, avril-juin 1979, p. 3-23.

[9] Constant Hames, « La Construction de l’islam en France : du côté de la presse », Archives en sciences sociales des religions, vol. 68, n° 1, juillet-septembre 1989, p. 79-92 ; Yvan Gastaut, L’immigration et l’opinion en France sous la Ve République, Paris, Seuil, 2000, p. 492-518.

[10] Patrick Weil, La France et ses étrangers : l’aventure d’une politique de l’immigration de 1938 à nos jours, Paris, Seuil, collection « Folio », 1991, p. 75-90.

[11] « L’immigration clandestine elle-même n’est pas inutile, car si l’on s’en tenait à l’application stricte des règlements et accords internationaux, nous manquerions peut-être de main-d’œuvre. » Propos de Jean-Marcel Jeanneney prononcés en 1966 cités par Catherine Withol de Wenden, Les immigrés et la politique, Paris, Presses de la FNSP, 1988, p. 161.

[12] Catherine Withol de Wenden, Les immigrés et la politique, op. cit., p. 194.

[13] Patrick Weil, La France et ses étrangers, op. cit., p. 158-211.

[14] Azouz Begag et Christian Delorme, Quartiers sensibles, Paris, Seuil, 1994, p. 108-122.

[15] Alec G. Hargreaves, « Silence et cécité : la révolte des banlieues à travers les livres », Le Monde diplomatique, n° 632, novembre 2006, p. 28.

[16] « Foyer malien à Vitry », JT de TF1, 27 décembre 1980, document de l’INA : http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-sociale/video/CAA8001946101/foyer-malien-a-vitry.fr.html [consulté le 8 décembre 2011].

[17] Sur le rôle du PCF, voir Martin A. Schain, “Immigration and Changes in the French Party System”, European Journal of Political Research, tome 16, no. 6, 1988, p. 597-621 ; Catherine Withol de Wenden, Les immigrés et la politique, op. cit., p. 264-269 ; Antonis A. Ellinas, The Media and the Far Right in Western Europe: Playing the Nationalist Card, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, p. 171-174.

[18] Dominique Schnapper et Sylvie Strudel, « Le "vote juif" en France », dans Revue française de science politique, vol. 33, n° 6, 1983, p. 933-961.

[19] « Le programme commun de gouvernement », supplément au Bulletin socialiste, juin 1972.

[20] « Les 110 propositions pour la France », Office universitaire de recherche socialiste (OURS) : http://www.lours.org/default.asp?pid=307 [consulté le 3 septembre 2011].

[21] C. Wihtol de Wenden, Les immigrés et la politique, p. 276-305.

[22] Alec G. Hargreaves, « Multiculturalism », dans Christopher Flood et Laurence Bell (dir.), Political Ideologies in Contemporary France, Londres, Pinter, 1997, p. 180–199.

[23] Interview de Pierre Mauroy à Nord Éclair, 28 janvier 1983, citée dans Catherine Withol de Wenden, Les immigrés et la politique, op. cit., p. 360.

[24] Propos de Jean Auroux parus dans Le Monde, 11 février 1983, cités dans Catherine Withol de Wenden, Les immigrés et la politique, op. cit., p. 360. Sur le rôle de l’islam dans les mouvements sociaux pendant cette période, voir René Mouriaux et Catherine Withol de Wenden, « Syndicalisme français et islam », Revue française de science politique, tome 37, n° 6, 1987, p. 794-819 ; Nicolas Hatzfeld et Jean-Louis Loubert, « Les conflits Talbot, du printemps syndical au tournant de la rigueur (1982-1984 », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 84, 2004, p. 151-160.

[25] Karim Amirouche, « L’extrême droite et les autres », dans La Semaine de l’émigration, 10 mars 1983, p. 5.

[26] Jean-François Sirinelli, « "Le 10 mai 1981" n’aura pas lieu », Le Débat, n° 164, mars-avril 2011, p. 93.

[27] SOFRES, L’État de l’opinion 1992, Paris, Seuil, 1992, p. 59.

[28] SOFRES, L’État de l’opinion 1993, Paris, Seuil, 1993, p. 223.

[29] SOFRES, L’État de l’opinion 1992, Paris, Seuil, 1992, p. 68.

[30] Voir, par exemple, les sondages à la sortie des urnes effectués lors du 1er tour des élections présidentielles de 2002 par IPSOS (http://www.ipsos.fr/ipsos-public-affairs/sondages/1er-tour-presidentielle-2002comprendre-vote-francais-qui-vote-quoi-mot) et CSA (http://www.csa.eu/multimedia/data/sondages/data2002/opi20020421b.htm) [documents consultés le 3 septembre 2011].

[31] Jean-François Sirinelli, Les Vingt Décisives, 1965-1985. Le passé proche de notre avenir, Paris, Fayard, 2007.

Alec G. Hargreaves

L'auteur

 

Alec G. Hargreaves est directeur du Winthrop-King Institute for Contemporary French and Francophone Studies à la Florida State University (États-Unis). Spécialiste des questions d’immigration et d’ethnicité en France, il est notamment l’auteur de Multi-Ethnic France : Immigration, Politics, Culture and Society (Londres/New York, Routledge, 2007).

 

Alec G. Hargreaves, « De la victoire de la gauche à la percée de l’extrême droite : l’ethnicisation du jeu électoral français », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 16, janvier-avril 2012, www.histoire-politique.fr

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 07:50

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andree & zoubida education jeunesse 29 mai

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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 16:47

 

Le territoire de la section Daniel Mayer est à cheval sur 3 circonscriptions législatives. Deux circonscriptions ont été réservées par le Parti socialiste à une candidature féminine.

Dans le cadre d'un accord PS / EEVL, le parti socialiste n'a pas présenté de candidate sur la 3ème circonscription, il soutient la candidature de l'écologiste Andrée Buchmann, une personnalité bien connue à Schiltigheim et au-delà. En 1986, elle fut la première femme Verte à siéger dans un Conseil régional en France, un poste qu'elle occupe toujours à la Région Alsace. Elle est par ailleurs conseillère municipale à Schiltigheim et vice-présidente de la Communauté Urbaine de Strasbourg, en charge de l'écologie, du développement durable et du plan climat.

Zoubida Naili, sa suppléante socialiste est conseillère municipale à Bischheim. Elle est une figure bien connue du monde associatif. Elle fut candidate du Parti socialiste sur la 3ème circonscription aux élections législatives de 2007 et par la suite aux élections cantonales de 2008 à Bischheim.

 

3ème circonscription

 

Mathilde KARCELES Le centre pour la France, Marc BAADER Front de gauche André SCHNEIDER Union pour un Mouvement Populaire Marie-Claire LECHENE Lutte ouvrière Jean-Paul LEONHARDT UDF Andrée BUCHMANN Europe-Ecologie-Les Verts Matthieu WIEDENHOFF Parti pirate Huguette FATNA Front National

 

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Andrée Buchmann Europe . Ecolologie Les Verts

Vice présidente de la communauté urbaine de Strasbourg

Conseillère régionale d'Alsace

Conseillère municipale de Schiltigheim

 

Zoubida Naili. Suppléante. Parti socialiste

Conseillère municipale de Bischheim

 

4ème circonscription

 

Marie Gabrielle LUCAS Parti chrétien démocrate Agnès HIRZEL Le Trèfle, Les nouveaux écologistes, Homme-nature-animaux Sophie ROHFRITSCH Union pour un Mouvement Populaire Jean-Philippe MARTIN Alliance écologique indépendante Julien RATCLIFFE Front de gauche Emmanuel LEROY Parti pirate Frédéric LE JEHAN Le Centre pour la France Valérie ACKER Nouveau parti anticapitaliste Marc BAUD-BERTHIER Lutte ouvrière Pascale ELLES Front National Jacques BARTHEL UDF Luc HUBER Europe-Ecologie-Les Verts Emmanuel LEROY Parti Pirate Danielle MEYER-TRABER Alliance centriste

 

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Nadine SOCCIO Parti socialiste. Apicultrice. Ancienne conseillère municipale à Niederbronn-les-bains

Jean Marc JUNG suppléant. Docteur es sciences, professeur à l'Université de Strasbourg

 

9ème circonscription

 

Georges DIZDAREVIC Lutte ouvrière Françoise WERCKMANN Mouvement écologistes indépendants Arnaud MARKERT Parti chrétien démocrate Claude STURN I Majorité alsacienne Nicole THOMAS Union pour un Mouvement Populaire François LUDWIG Parti pirate Mounir DIARI Sans étiquette Clarisse CHABOD Parti Socialiste Jean-Claude ALTHERR Front National Jean-Marc CLAUS Front de gauche Jean-Michel DELAYE Parti ouvrier indépendant

 

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Clarisse CHABOD Parti Socialiste

Jean Marc HECHINGER suppléant

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 10:00

 

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© Y. Monel/design Marc Aurel


La station de bus RATP Osmose, conçue par le designer Marc Aurel, réunit les fonctions d’information voyageurs mais aussi des services variés.

Un espace d’attente d’un genre nouveau a été lancé devant la Gare de Lyon à Paris: la station de bus expérimentale Osmose, en service pour six mois et depuis le 22 mai. Le temps de l’arrivée de son bus, le piéton y est libre de profiter de services associés.


Abri pour voyageurs, la station expérimentale extérieure Gare de Lyon-Diderot Osmose à Paris, du designer Marc Aurel, s’étend pourtant sur 85 mètres carré de plancher. Il s’agit en effet de dépasser sa fonction première de simple abri pour lui associer toute une série de services offerts aux usagers. Dotée de onze sièges en céramique (évocation des murs du métro), elle présente en façade des pans décoratifs ou en vitrage chauffant.

L’information se fait technologique : écrans (dont deux tactiles) pour un accès facilité à l’information, totems signalétiques, panneaux d’affichage et publicitaires, automate pour les titres de transport. Plus étonnante, la présence d’une bibliothèque en libre-service, d’un mini-espace pour la venue de commerçants ambulants, qui changeraient selon les heures de la journée, mais aussi d’une série de vélos électriques disponibles sur abonnement, d’une borne de petites annonces, d’une connexion Wi-Fi et même d’un défibrillateur.


Vers un modèle commercialisable

Pour parfaire l’ambiance, un design sonore signé Michel Redolfi, avec des programmes variables, et un plafond lumineux évolutif continuent de faire vivre le site même la nuit. Réalisé en partenariat avec le fabricant Metalco, Quantum Glass et Philips, sur commande de la RATP, ce projet s’inscrit dans un programme d’études européen, l’EBSF (European Bus System of the Future), qui vise à revaloriser la perception de l’image du bus auprès des citoyens, ici en faisant de ses arrêts un pôle d’attraction. Des retours de cette expérimentation, ce qui n’est aujourd’hui qu’un concept en test devrait évoluer en modèle commercialisable.


Laure Carsalade  sur le Moniteur Hebdo 

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 09:33

 

 

 

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Portes ouvertes du local de campagne - Espace Solange Fernex - Andrée Buchmann et Zoubida Naili à Schiltigheim.

L'équipe de campagne, Andrée Buchmann et Zoubida Naili rencontreront convivialement les électeurs de la circonscription 3 du Bas-Rhin le samedi 26 mai au local de campagne - espace Solange Fernex - 130 route de Bischwiller à Schilitgheim de 14 h à 16 h.

A 16 heures, dans le même lieu, Andrée Buchmann recevra Louis Holder pour une séance de dédicace de son nouveau livre l'Alsace à Vélo - 34 ballades fraîcheur du Nord au Sud de l'ALsace - 2012 Edition du Donon.
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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 09:12

NICOLS-SOULIER

Entretien avec l'architecte et urbaniste Nicolas Soulier 

 

L'urbanisation des villes a fait évoluer la rue. Depuis Haussmann, on a du mal à se l'approprier, comment expliquez-vous cela ?

Nicolas Soulier : Même si elle ne constitue qu'une strate dans l'histoire de l'urbanisme, la ville haussmannienne s'est inscrite dans l'imaginaire collectif comme un archétype. Elle impose à tous l'idée que les façades des bâtiments riverains doivent venir au bord de ce qu'on appelle le domaine public de voirie. On passe dans ce cas sans transition du domaine public à la sphère intérieure privée, dans des immeubles durs et compacts, la plupart du temps sans grandes ouvertures vers l'intérieur des îlots.


Mais ce n'est pas un modèle universel...

Nicolas Soulier : Effectivement, des quartiers de villes modernes qui nous plaisent, comme Georgetown à Washington, le Plateau à Montréal, Hampstead à Londres, présentent des rues très différentes, issues d'un autre partage entre domaine public et espace privé. Celles-ci se composent en effet du domaine public de voierie, c'est-à-dire la chaussée proprement dite, les emplacements de stationnement, les trottoirs, les arbres, les lampadaires... et, en bordure, des terrains (avec des jardins, des étals, des parterres, des stationnements) qui, bien que privés, font aussi partie de la rue.


La rue n'appartiendrait-elle pas uniquement à la collectivité territoriale ?

Nicolas Soulier : Mais non. Dans ces quartiers, la rue est aussi constituée pour une bonne part - peut-être pour une part majeure - par le cadeau qu'offrent les riverains à la communauté. Non seulement ils "cèdent" un terrain qu'ils végétalisent et où ils garent leur voiture, mais encore ils donnent à l'espace public une partie de leur vie privée. Ces riverains se tournent vers l'espace public. Il ne s'agit pas de bourgeois se pavanant mais de gens du bord et de leur présence chaleureuse. Sans cela, la rue serait un lieu étanche, mort. Alors, vous n'avez plus envie de donner sur la rue ; au contraire, vous lui tournez le dos et vous vous repliez sur l'intérieur. Du coup, la rue est niée : elle n'est qu'une voie de circulation. Et c'est l'origine d'une cascade de petites choses qui se délitent. Si 50 fenêtres peuvent s'ouvrir lorsqu'on appelle à l'aide, c'est plus rassurant que la présence de caméras de surveillance qui enregistrent la scène.


Cela implique respect et intérêt mutuel.

Nicolas Soulier : Cela s'appelait autrefois de l'"urbanité". étymologiquement, ce mot désigne les qualités qu'un homme de la ville est censé posséder. Les gens des villes ont dû apprendre un code de bonne conduite pour vivre ensemble. L'urbanité désigne aussi le cadre de nos relations mutuelles dans nos cours, nos ascenseurs, sur nos paliers... Celui-ci peut se décomposer, mais peut aussi se reconstruire. Pour l'instant, il s'est altéré.


La voiture reine a fait du mal ?

Nicolas Soulier : La voiture est la raison numéro un de la transformation des villes : elle a progressivement envahi l'espace urbain et, corollaire, elle a séparé ce qui avant était proche. Si vous prenez votre voiture pour aller acheter une baguette de pain, il n'y aura plus de boulangerie près de chez vous. Et quand il n'y a plus de boulangerie à côté de chez vous, vous devez prendre votre voiture. C'est un cercle vicieux. Les grandes surfaces installées en périphérie des villes ont achevé le travail de désagrégation du tissu urbain.


Que faut-il faire pour redonner du lien ?

Nicolas Soulier : Il faut que la communauté comprenne que les riverains ont des droits et des devoirs spatiaux en ville. On n'a pas seulement l'obligation de baisser la musique la nuit, on a aussi le devoir de constituer nous-mêmes une part de la rue. Je ne parle pas d'espaces communautaires dans l'espace public, mais d'espaces qu'il faut regagner. Ne pourrait-on pas demander aux riverains de s'occuper des arbres devant chez eux, de laisser de la place aux plantations sur des parcelles de trottoir ? D'aucuns clament que cela ne peut pas marcher, que ces espaces verts seront vandalisés, mais qui ne tente rien n'a rien...


Les espaces verts peuvent-ils jouer un rôle ?

Nicolas Soulier : Oui, même si la végétation ne fait pas tout. Il y a en grande banlieue de vastes ensembles dotés de parcs, ils ne sont pas pour autant habitables au sens où la vie urbaine en est absente. Les végétaux ne sont pas seulement une décoration. Pour moi qui suis architecte, c'est un des matériaux constitutifs de l'architecture. Ainsi, un arbre peut isoler la chambre ou le séjour de la rue aussi bien, et même de manière plus intéressante, que le métal ou le bois. Car ce qu'on cherche avant tout, c'est la claire-voie, c'est-à-dire ce qui s'interpose de manière douce entre nous et les autres et qui d'ailleurs peut se moduler.

Pour une bonne relation avec la rue, la végétation est une transition douce. Une haie plantée de roses et de clématites est bien moins oppressante qu'une grille. Si, entre moi et mon vis-à-vis, il y a une cour nue avec des poubelles, ce n'est pas comme s'il y a un jardin et un arbre. Les plantes ont la capacité de s'interposer de manière positive et ainsi de rapprocher les gens. La végétation est alors un facilitateur de lien social.


Quelle place tiennent les plantes dans la construction de l'habitat ?

Nicolas Soulier : Les plantes sont pour moi le symbole même de ce que j'appelle le deuxième chantier, celui que mènent les habitants après la construction de leur habitation. Après avoir acheté le terrain, construit, installé les meubles, on peut investir l'extérieur. On n'est pas coutumier du fait en France. On n'entreprend rien de personnel là où les regards des autres portent. C'est très ennuyeux parce que cela stérilise la capacité des gens à construire une bonne relation avec la rue.


Que préconisez-vous pour instaurer une bonne relation avec autrui ?

Nicolas Soulier : Cela tient souvent à des petites choses et les plantes y participent. L'espace peut être investi et transformé de manière douce, modeste. Il est habité. Il faut que l'usage, la vie des gens envahissent ces lieux. Cela se passe bien si on a certaines règles de tolérance et une grande capacité de médiation pour résoudre les conflits. Les règlements en France, notamment de copropriété, sont faits pour éviter à tout prix les conflits, si bien que plus rien de spontané n'arrive. La vie en ville est à l'image de celle du jardin : le jardinier passe son temps à résoudre des conflits de voisinage entre les végétaux. Il fait une structure, il sème et plante. Là où il y a de la lumière, les plantes s'épanouissent, mais d'un coup peuvent dépérir. Il faut alors reprendre le jardin en main. Le jardinier doit toujours composer avec l'imprévu et le spontané. De la même manière, la ville est à jardiner constamment

Quelques mots sur Nicolas Soulier

Nicolas Soulier est professeur à l'école nationale supérieure d'architecture de Paris-La Villette. Il développe des créations à la lisière de l'architecture, des jardins et des pratiques d'artiste. Il est l'auteur d'un article sur la ville et le végétal dans le dernier Carnet de l'Observatoire des tendances du jardin paru aux éditions Ulmer, en janvier 2012, un essai avec Cécile Daladier, de l'atelier ASSAÏ.

 

Propos recueillis par Virginie De La Batut  - Paru dans Maison Française de Juillet/Août 2011



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